Coucher avec des
geishas est un fantasme occidental qui date de bien avant la deuxième guerre mondiale.
Après que les diplomates étrangers furent présentés à l'Empereur où à un autre homme d'Etat, les officiels japonais les amenaient aux Ocha-ya visiter les plus belles geishas de
leur génération.
De suite, ces blondinets ont fantasmé sur la prestance magnifique de ces filles de l'art aux mouvements sensuels et aux apparats extravagants. Il y a de nombreuses histoires où des diplomates ou
riches commerciaux blancs qui ramenèrent dans leur pays des geishas et les épousèrent...
Après la guerre et la victoire des alliés, les GI arrivant à Tôkyô et ayant entendu parler de ces fabuleuses muses voulurent absolument voir les geishas...
Comme presque tout Tôkyô avait brûlé et que la plupart des geishas de Tôkyô avaient fui vers la campagne, il n'y avait presque plus de geishas. Les victorieux américains se montrant de
plus en plus insistants, les maisons closes japonaises, sentant un moyen facile de ramasser de grosses sommes d'argent, décidèrent d'habiller leurs filles avec leurs plus beaux kimonos et elles
furent étiquetées comme geishas. Les américains s'en régalèrent avec joie !!
Même les oirans (ces fameuses prostituées de luxe) s'auto-proclamèrent geishas...
Et voilà comment l'image des geishas fut ternie à jamais :
"Quoi les geishas ?! Je m'en suis tapé quatre-cinq à Tôkyô, c'était d'enfer !!!"
* Du sake, de la bonne humeur, c'est ça l'ambiance d'un vrai zashiki.
* Mais alors qu'est ce qu'une vraie geisha ?!
Tout d'abord, une petite clarification s'impose, les geishas (femme qui excelle dans le métier de l'art) apparurent à la capitale Kyôto vers l'ère Heian (vers 800 après J.C) et
s'installèrent dans l'ancestral quartier de Gion.
Ce sont des filles souvent abandonnées ou achetées très jeunes par des établissements appelées Oki-ya. Gérées par une vieille dame appelée mama, ces Oki-ya deviennent
la nouvelle famille de la fille « recueillie ».
Elles sont exclusivement habitées par des femmes.
Dans cette usine, on lui apprend à devenir une dame de compagnie de grande classe, elle est pouponnée, on l'emmène à l'école pour devenir une
apprentie geisha, elle accompagne le soir ses ainées dans les Ocha-ya, etc.
De son arrivée en bas âge jusqu'à ses 13-14 ans elle engagera des frais scrupuleusement noté par l'Oki-ya qu'elle devra rembourser lorsqu'elle deviendra professionnelle. A l'âge de
12-13-14 ans, elle sera pris en charge par l'une de ses grandes « soeurs » qui la présentera dans les établissements de nuit, ces restaurants / bars réservés à l'élite nippone,
proposant aux clients d'être servis / accompagnés par une ou plusieurs geishas. Ces établissements sont appelées Ocha-ya.
Au début la pré-apprentie regardera seulement ses ainées travailler, elle ne bougera pas. Elle sera ensuite présentée à certains clients connus pour payer très cher la chance d'être le premier à
toucher la jeunette. En effet, son pucelage sera mis aux enchères.La mama "choisira" alors elle-même l'heureux gagnant. Cette perte de la virginité de l'apprentie est appelé
mizu-age.
Après cette petite formalité, elle deviendra officiellement apprentie et aura le grade de « maiko » (reconnaissable par son kimono à l'obi [ceinture] plongeant).
* Une maiko est reconnaissable par ses décorations dans ses cheveux, les couleurs criardes de son kimono et de son obi tombant.
Elle pourra alors participer activement aux banquets appelées zashiki se déroulant dans les Ocha-ya. C'est là où elle excercera avec ses collègue sa profession.
Son rôle est de faire passer du bon temps aux convives. Elles danseront, chanteront pour eux ou encore les amuseront avec des jeux d'enfants
(style cola maillard, shifumi, cache-cahe, etc.). Elles en profiteront pour meubler les temps mort à remplir les coupes de sake ou à leur parler de tout et de rien.
Bref leur but est d'amuser leurs clients qui sont prêts à payer des fortunes pour passer du temps avec les plus talentueuses d'entre-elles.
Passé l'âge de 18-19-20 ans, la mama de l'Ocha-ya décidera que maintenant la maiko peut devenir une vraie geisha.
Souvent se passage à ce rang ultime est accompagné par la sponsorisation à coups de millions de yens d'un client régulier pour entretenir la fille. Généralement s'en suivra de quelques autres
« parrains » et après avoir tout remboursé à l'Oki-ya, les geishas peuvent devenir mama d'Oki-ya, se ranger ou encore travailler à son propre
compte... Il n'y a pas d'âge limite pour être geisha, il n'est pas rare de croiser des maîtresses de l'art âgées de plus de 80 ans...
* Une geiko est reconnaissable par la sobriété de ses accessoires et par son kimono "simple".
* Mais alors, les geishas ne couchent que lors de leur mizu-age ?!
Beaucoup de légendes d'amourettes entre une geisha et un simple rôturier ont nourri de nombreuses histoires racontées dans les contes japonais ou colportées dans les bars.
Même si, je ne peux complétement nier qu'il y ait eu certainement des relations amoureuses aussi simples et belles dans l'Histoire des geishas, je pense que la majorité d'entres-elles
sont des légendes urbaines. Ces filles sont tellement formatés à servir leur Oki-ya qu'il serait contre-productif de se lancer dans une histoire d'amourette qui n'apporterait rien à la
fille ni à « sa famille ».
Non, la seule personne autorisait à la toucher est le parrain qui paye cher pour avoir cet énorme privilège.
Certes c'est de la prostitution, mais c'est extraordinairement subtil. C'est la mama qui décidera si le client est prêt (à assez payé), si c'est le cas, la fille se glissera dans
son lit. Et c'est en aucun cas possible qu'une personne paye pour pouvoir coucher directement avec une geisha. Il faut que le pigeon paye durant des mois et fassent de nombreux cadeaux
avant qu'il puisse envisager de la toucher. Plus la fille sent que le client est pressé, plus elle le fera payée...
* Durant les zashiki les clients ne sont jamais trop pressants envers les geishas ?
L'alcool c'est magique, quand on est saoulé, on peut tout faire, on dira toujours : « Ah bah c'est parce que j'étais bourré que j'ai fait ça, ce n'était pas vraiment moi, pardon,
pardon... ». Comme l'alcool permet d'embellir facilement une soirée, les geishas n'hésitent pas à les resservir à foison pour que les clients repartent ravis et comblés d'avoir
passé une si bonne soirée (qu'ils auront sûrement en partie oublié le lendemain matin) en si bonne compagnie...
Mais si, elles sentent que les convives ne sont plus sous contrôlent et commencent à les toucher, elles font venir une prostituée qui se chargera les soulager...
* De nos jours, y a t'il encore des geishas ?!
Durant la période Edo (env. 1600 à 1868), la capitale passe de Kyôto à Tôkyô. Certaines Oki-ya voulant faire fortune dans la nouvelle capitale décidèrent d'y emménager. Hélas, au fil des
années les geishas de Tôkyô s'éloignèrent de plus en plus de la « morale » geisha et n'hésitèrent pas à se donner dans la prostitution de luxe et devenir vulgaire
pour rapporter un maximum d'argent.
Dégoûtées, les geishas de Kyôto abandonnèrent le nom de geisha pour devenir des geiko. Donc à Gion on y trouve les
apprenties : les maikos et les professionnelles : les geikos.
Après la guerre, les geishas de Tôkyô disparurent complètement.
Donc non, il n'y a plus de geishas, il ne reste plus que les maikos et les geikos de Gion !!
* Le mizu-age existe t'il toujours ?!
D'après un ami japonais qui fréquente les zashiki, il y a certaines Oki-ya qui continuent à pratiquer ce rite. Mais de nos jours, la majorité des filles n'auront pas à passer
par cette étape pour devenir maikos.
* Chaque année à Gion, les maikos et les geikos organisent un spectacle de danse très apprécié des officionados.