Parler japonais, c'est antisocial
Un phénomène bizarre touche les japonisants, en effet, si un «étranger» arrive à acquérir (je vous rassure tout de suite, c’est une très faible minorité) un niveau acceptable en japonais, les aborigènes se sentent alors, peut-être, attaqués et font mines de ne pas vous comprendre.
Je me rappelle à mon arrivée, lorsque j’essayais de demander à une charmante vendeuse locale, une confiserie japonaise, j’avais tout le mal du Monde à me faire comprendre. Je mélangeais maladroitement de l’anglais franchouillardisé et quelques mots en japonais. Ca marchait la plus part du temps et je pu me débrouiller comme cela de nombreux mois. Par contre, quand j’essayais d’accoster un groupe de jeunes de mon âge, les jeunes au contraire, ne faisaient aucun effort pour me comprendre. Je ne sais pas si dans mon village d’accueil campagnard, ils se sont passés le mot mais dès que j’approchais d’un groupe de badauds, ils décampaient à toute vitesse. Ce fut l’une des périodes les plus difficiles durant mon séjour au Japon.
Au fil des mois, logiquement, mon niveau de langue progressait, mais même à Tokyo, même si les vendeuses me comprenaient mieux au fil du temps, les japonais que j’essayais d’accoster, quand j’en avais l’occasion, prenaient presque toujours la tangente ou m’ignoraient ouvertement.
Mais, il est arrivé un jour où mon japonais est devenu « hors norme », trop bon pour un étranger. Alors il m’est arrivé un phénomène nouveau, certes les japonais, surtout mes collègues se sont rapprochés de moi mais les commerçants ont commencé étrangement à me faire une drôle de tète lorsque je les interpelais. Leurs réactions à mon égard se détérioraient, et souvent ils faisaient minent de ne pas me comprendre. Ce qui est un comble, avant, quand je baragouinais en japonais on me répondait avec le sourire, surement car ils voyaient que je faisais des efforts mais dès que mon niveau se stabilisa, ils changèrent l’expression de leurs visages et me regardèrent avec un air différent, comme si ils avaient en face d’eux un extraterrestre.
Alors, j’ai trouvé la parade, en face des gens que je connais, je parle japonais normalement mais dès que je suis en face d’un inconnu, je fais exprès de prendre un « vieux accent » d’étranger et comme par magie, ca passe tout seul. Surtout, ca facilite les premiers contacts… Avec des : " OOO que vous parlez bien japonais….(faux-culs) ", et dès que l’on se connait mieux, je débite mon japonais, mon interlocuteur ne tilte pas et ca passe tout seul.
Ce qui m’amena a des situations cocasses, souvent, je sortais avec des collègues au restaurant, et si j’étais amené à passer une commande, je parlais un peu bécassement japonais sous l’œil étonné de mes collègues. Mais, je me suis rendu vite compte que me voyant avec des japonais, ces mêmes commerçants me répondaient très poliment quand je leur parlais en japonais soutenu. Vive la synergie de groupe.