De retour en France, il est temps de faire le bilan de mon activité professionnelle...
Mon bilan est catastrophique, étant bilingue, j'ai eu la chance d'être intégré dans un circuit professionnel classique. Très vite, je me suis aperçu que ce milieu ne me convenait
pas.
Je suis rentré, me voila soulagé.
Mon parcours :
- Tôkyô : 7 mois dans une entreprise gérant les droits d'un écrivain-dessinateur célèbre français.
Musée et restaurant-magasin à Tôkyô. Expérience passionnante. Je travaillais à mi-temps dans le restaurant-magasin, je travaillais au bureau pour y faire de la traduction et l'autre partie
service au restaurant. Très bonne ambiance, peu de travail, extrêmement chouchouté dans un cocon bien moelleux, le top du top. Salaire 70 000 yens, nombre d'heures hebdomadaire : 30
heures.
- Osaka : 1 an dans une école de langue, professeur de français, métier hypocrite où il faut faire passer du temps avec un élève en lui faisant croire qu'il progresse et surtout
l'amuser.
Prendre des gens pour des pommes, les écoles de langue en sont des maîtres, dans un environnement "occidental", factice, le boulot est agréable mais peu valorisant. Pas de
contrainte particulière. Salaire 170 000 yens, nombre d'heures hebdomadaire 39 heures.
- Osaka : 9 mois de petits boulots, restauration dans parc d'attraction, professeur dans de petites écoles, délivrer des prospectus, figurant à la TV etc. Il faut se battre,
chercher, démarcher, en baver etc.
Peu valorisant, souvent payer 800 yens de l'heure, on ne travaille pas beaucoup mais on y perds beaucoup de temps en recherche, transport etc. Stress maximum, salaire minimum. Salaire 110
000 yens environ, nombre d'heures hebdomadaire : une petite vingtaine...
- Osaka : 3 mois dans la télévision, caméraman, assistant, monteur... Je suis rentré dans ce poste en CDI comme assistant-réalisateur. Fini le cocon, j'ai été traité comme un
japonais, j'en ai bavé comme tous les autres. Stress maximum, heures de travail maximum, salaire minimum. Salaire 140 000 yens environ, nombre d'heures hebdomadaire : 65h / 70h.
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Durant plus de deux ans, j'ai surfé de petits boulots à vrai boulots, j'ai fréquenté de nombreuses entreprises, mon constat est alarmant
:
- Pas de vacance, jamais, tout dépend de votre activité et surtout de votre entreprise, plus elle est grosse, plus vous avez des avantages. Une semaine par an en moyenne.
- Pas d'individualisme, on veut que vous rentrez dans les rangs, que vous soyez comme les autres. Baissez votre tête et fermez là et peut-être, on vous proposera un meilleur poste dans un
futur proche.
- Votre entreprise, c'est votre maison. Votre boss dit, il faut le faire, vous avez une idée pour améliorer votre activité/ votre produit. Vous devez en parler à votre responsable, qui en
parlera à son responsable qui en parlera au chef. Et si elle est bonne, la gloire viendra à votre responsable, pas à vous.
- Faut commencer petit, si votre entreprise est petite, vous devrez faire le ménage, nettoyer les chiottes, faire des courbettes aux clients, faire du café et surtout fermer sa bouche.
L'entreprise c'est votre famille. Même si vous avez fini voire boulot en temps, il est fortement conseiller de rester et partir en même temps que les autres... vers 23h-24h... Etre le nouveau,
c'est le pire des postes, vous etes le larbin de service. Peu d'entre-aide, chacun sa m*rde.
- Pas de social, voir peu, tout dépend encore une fois de votre boîte ou de votre agglomération, plus elle est grosse, plus les avantages seront intéressants. Mais sinon pas ou peu d'aide
du gouvernement, assurances à des prix exorbitants, scolarité de vos enfants atteignant des sommets, titre de transport pouvant dépasser mensuellement les 15 000 yens.
- Pas de famille, votre femme s'occupera de vos enfants, vous n'aurez pas de temps à leur consacrer. Toute votre énergie sera avalée par le boulot. Et les jours de repos, vous ne
rechercherez, épuisez, que la tranquilité.
- Pas ou peu de copains parmi les collègues, peu essayeront de lier d'amitié, pas que vous soyez étranger ou non, c'est juste que l'on mélange rarement copain et travail. Avec les collègues
on parle boulot, en service ou en repos c'est boulot-boulot...
- Avoir un masque, ne pas montrer sa véritable personnalité est indispensable, un rictus sur votre visage et c'est l'insolence, un mot de travers et c'est la porte... peu de licenciement
mais on vous pousse à la démission. Et ils sont très forts pour ça.
Le plus dur, c'est cette normalisation, quand vous rentrez dans une entreprise vous êtes cette entreprise, vous n'êtes plus vous.
* Travailler au Japon, oui si :
- Vous êtes envoyé par une entreprise occidentale en mission (vous n'aurez que des avantages liés à votre statut d'expatrié, c'est le must).
- Travailler dans une entreprise étrangère au Japon, ils savent généralement que si ils veulent recruter des occidentaux, ils sont obligés de leur donner des avantages.
- Etre spécialiste, biologiste, ingénieur etc. Vous êtes à part, donc votre statut est différent des autres, vous n'êtes pas enrôlé généralement dans la spirale de l'enfer du travail
nippon.
- Vous êtes en freelance, vous faites votre business, personne n'est là pour vous embêter.
Mais sinon, aussi bien dans la finance, commercial, tourisme, service etc. réfléchissez à deux fois avant de signer dans une PME. Vous pouvez tomber de très haut, pire, ils peuvent vous
détruire moralement, souvent on ne s'en rend même pas compte.
Et vous savez où finissent ceux qui craquent... au cimetière.